Le CSE : gardien de vos droits face à l'IA

En France, le Comité Social et Économique (CSE) joue un rôle central dans la protection des salariés face au déploiement de systèmes d'IA par l'employeur. L'article L. 2312-38 du Code du travail exige la consultation du CSE avant toute introduction de nouvelles technologies susceptibles d'avoir des conséquences sur l'emploi, les conditions de travail ou la formation professionnelle. L'IA entre clairement dans cette catégorie.

Si votre employeur a déployé un système d'IA de surveillance ou d'évaluation sans consultation préalable du CSE, ce déploiement est susceptible d'être déclaré illicite par le tribunal judiciaire, ce qui peut entraîner la suspension du dispositif et des dommages-intérêts.

Ce que votre employeur peut et ne peut pas faire

Votre employeur peut utiliser l'IA pour améliorer la productivité, gérer les plannings, analyser les données d'activité agrégées, et automatiser des tâches administratives. Il ne peut pas utiliser l'IA pour vous surveiller de manière disproportionnée, prendre des décisions disciplinaires ou de licenciement basées uniquement sur des algorithmes sans intervention humaine, collecter des données biométriques sans votre consentement explicite, ou utiliser des techniques de surveillance occultes.

La CNIL a sanctionné plusieurs employeurs pour des pratiques de surveillance disproportionnées : capture d'écran toutes les 10 minutes, keyloggers enregistrant chaque frappe, analyse continue de l'activité sur les applications de messagerie. Ces pratiques sont présumées illicites en droit français.

Vos droits concrets

Si vous pensez qu'un algorithme a influencé une décision importante vous concernant (évaluation, promotion refusée, licenciement), vous avez le droit de demander à votre employeur des explications sur la logique du système utilisé (droit à l'explication, Article 22 RGPD), l'accès aux données personnelles utilisées dans cette décision (droit d'accès, Article 15 RGPD), et une révision par un être humain de cette décision. Ces droits s'exercent par lettre recommandée adressée au DPO ou au service RH. En cas de non-réponse dans le délai d'un mois, vous pouvez saisir la CNIL.